Paris Côte d'Azur

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Pour ceux qui en ont, le travail n’est pas toujours la meilleure des choses...

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Catégorie Pieds dans le plat

Entre « Le travail, c’est la santé ! » chanté pat Henri Salvador et le « Travailler, c’est trop dur ! » de l’acadien Zachary Richard, il y a tout un monde... bien loin de celui observé par le psychologue Abraham Maslow. L’actualité vient en remettre une couche en portant à notre attention une autre triste réalité, celle de ce qui ressemble mais n’est peut-être pas, une épidémie de suicides dans le monde du travail.

Notre article sur le sujet : Quand travailler mène au suicide a suscité plusieurs réactions de nos lecteurs. L’un a tenu à témoigner du tragique décès de son cousin, père de quatre enfants. Il s’est suicidé il y a deux ans à l'Ile de La Réunion alors que sur le papier un fonctionnaire dépendant du Ministère de l’Intérieur qui choisit de quitter Marseille pour rejoindre une destination aussi paradisiaque ne devrait avoir aucune raison d’envisager un geste irréparable…

Collaborateur occasionnel de Paris-Côte d’Azur, Michel Rolland, apporte ici sa contribution au débat. Ce Cannois, ancien membre d’une institution internationale, a écrit plusieurs fois sur ce sujet. Sa thèse de doctorat était d'ailleurs basée sur les théories de la motivation. Son idée était de rendre obsolète certaines revendications syndicalistes en pratiquant une gestion des ressources humaines qui tiennent compte, autant qu’elles le pouvaient, des besoins et des aspirations des employés.

« À mon humble avis, les raisons du désenchantement généralisé chez les employés de certains secteurs ou corps de métier sont à rechercher ailleurs que dans les explications fournies tant par les syndicats que par les dirigeants d'entreprises.

La première raison tient au fait que les leçons de Maslow concernant la motivation ont été oubliées. Pourtant la seule façon d'être heureux dans son travail est d'y trouver la satisfaction d'un des besoins que Maslow a illustré dans sa pyramide, tout en se rappelant que lorsqu'un besoin est satisfait, il cesse d'être un motivateur. Le premier besoin qui s'applique à nos sociétés est celui de la sécurité. De nos jours, il s'agit avant tout de sécurité économique. Hélas, la conjoncture actuelle permet à de moins en moins d'individus de recevoir une juste rétribution pour le travail qu'ils exécutent. Ceux dont le salaire s'avère juste et convenable doivent trouver autre chose pour se motiver. Les autres, malheureusement ne peuvent que se plaindre.

Le deuxième besoin, plus haut dans la hiérarchie, est le besoin social. Qui peut dire de nos jours que les contacts sociaux sont une des valeurs qui dérivent du travail que l'on accomplit ? L'individualisme forcené de nos sociétés, l'esprit de compétition entretenu par les cadres de très nombreuses entreprises et le favoritisme dont font montre de trop nombreux "petits chefs" pourrissent l'atmosphère au travail et ne favorisent pas les échanges sociaux entre les employés à quelque niveau qu'ils se trouvent. Cela crée un sentiment de frustration chez de nombreuses personnes et les amène à être mécontentes de leur sort.

Encore plus haut dans la hiérarchie des besoins, il y a celui de l'estime de soi. Le rôle que l'on nous donne, la qualité de notre travail, la perception que les autres ont de nous sont autant de facteurs favorables permettant d'être satisfait de soi. Hélas, relativement peu nombreux sont ceux qui y parviennent et une fois que ce besoin est satisfait, il faut encore monter dans la hiérarchie pour atteindre l'auto-accomplissement.

Ce niveau-là est très rarement atteint et c'est bien dommage car c'est le seul qui procure une motivation sans cesse renouvelée. Les artistes qui réussissent, les écrivains, des artisans talentueux, des grands dirigeants sont de bons exemples qui permettent de comprendre ce qu'est le besoin d'auto-accomplissement.

Tout compte fait, il n'y a qu'une petite minorité qui soit satisfaite de son sort et qui soit motivée par son travail ou son activité. Le reste doit "faire avec" et se contenter d'une vie relativement médiocre dans laquelle s'accumulent les frustrations.

La deuxième raison tient à la mauvaise qualité de la gestion des ressources humaines dans les entreprises et les organisations. Dans les années 70 et 80, le rôle du "département du personnel" était d'attirer et de retenir les meilleures personnes dont l'entreprise ou l'organisation avait besoin. Il faut dire qu'à l'époque le travail n'était pas une denrée rare et la main d'œuvre qualifiée était très bien considérée et traitée. De nos jours, il n'est plus question de chercher à satisfaire les travailleurs et cadres des entreprises privées ou publique. Le travail étant rare et la course au profit étant devenue indécente, l'entreprise n'a plus besoin d'employés heureux et performants. Au contraire, elle préfère des personnes travaillant beaucoup pour des salaires de misère et qu'elle peut pressurer sans limites. Lorsqu'elle ne les trouve plus dans un endroit donné, elle délocalise ses activités et abandonne ses employés sans états d'âme.

Toutes ces raisons ne peuvent que générer de la frustration et de la colère et celle-ci, comme chacun le sait, est mauvaise conseillère. Les jeunes générations risquent d'être beaucoup moins conciliantes et patientes que les anciennes et, lorsqu’elles n’auront plus rien à perdre, nous risquons fort d'assister à des évènements très désagréables. »

Michel Rolland