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Nucléaire : cette fois le nuage ne s’est pas arrêté à la frontière...

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Des traces d’iode radioactif, évidemment sans conséquences sur la santé, ont été détectées dans l’air. Plus inquiétant, personne pour l’instant n’en connaît avec certitude l’origine bien que la Hongrie soit maintenant suspectée.

Pendant que les écologistes cherchaient un… arrangement avec les socialistes sur le dossier du nucléaire, un pays européen subissait en toute discrétion un incident d’importance dans l’une de ses centrales nucléaires. Pour les autorités de contrôle, l’absence d’information est alarmante mais, rassurez-vous braves gens, cette présence radioactive dans l’air serait sans aucune conséquence sur votre santé !

Au Japon, à Fukushima, le silence est d’or. Ses habitants, respectant leurs réflexes ancestraux, ont oublié de se plaindre. Fatalistes, ils font confiance aux autorités et acceptent sans trop rechigner les décisions prises. Le même évènement aurait provoqué en Europe des réactions beaucoup plus tendues et des mouvements de révolte, mais Fukushima est trop loin pour que les conséquences se fassent sentir ici, quoique… si l’on regarde de la plus objective façon, les dégâts provoqués par l’accident qui a touché les trois réacteurs atomiques japonais, il y a de quoi être troublé. Les suites plus que probables sur le court aussi bien que sur le long terme sont impressionnantes. En effet, c’est toute la chaine alimentaire qui est touchée par la pollution et l’homme, placé en bout de chaine, accumulera les effets indésirables de cet accident. Le riz produit dans la région autour des centrales est désormais interdit à la vente mais, comme pour l’accident de Tchernobyl, la pollution ne connaît pas les frontières et voyage à la vitesse des vents, dispersant la radioactivité sur de vastes étendues. En mer, ce sont les courants, très forts dans cette région, qui les transportent au loin (les déchets de Fukushima atteindront Hawaï pour Noël, merci petit Jésus !), rendant quasiment impossible l’élaboration précise d’une zone où l’on devrait proscrire les prélèvements de produits destinés à la consommation humaine ou même animale. Bref, les Japonais mais pas rien que les Japonais, ne sont pas tirés d’affaire !

En aout 1945, un jeune inspecteur de la Police Judiciaire de Marseille, Fernand Dartigues, écrivait dans son cahier où il consignait ses réflexions sur le Monde et les Hommes. Il s’agissait ce jour-là du bombardement d’Hiroshima suivi, le 10 aout, par celui de Nagasaki :

7 août. J'ai eu ce matin en ouvrant le journal - ce journal qui nous apporte à chaque début de journée la très brève satisfaction d'une curiosité difficile à fouetter - l'impression qu'il nous était révélé le fait le plus important de notre sensationnelle époque et peut-être de tous les temps, au moins jusqu'à ce jour. L'imprimé quotidien dégageait une odeur de mort subite…

10 aout. J'ai lu depuis trois jours ce que la presse a reçu l'ordre de publier au sujet des bombes atomiques. J'ai continué à vivre avec mes contemporains, poursuivant criminels et voleurs, fêtant notre 26ème mois de mariage, admirant notre fils, essayant d'assurer la suite normale de nos jours. Mais je portais en moi cette nouvelle raison de douter, ce nouveau motif de pessimisme.

Isolé comme je le suis de tout milieu pensant, je n'ai rien remarqué autour de moi, je n'ai aperçu aucun changement dans le comportement de mes semblables. Je ne doute pas cependant qu'avec plus ou moins de conscience ils n'aient senti que quelque chose d'énorme était arrivé. Toutes les menaces qui pesaient sur nous sont devenues bien peu de choses auprès de celle-là.

Médiocres ou supérieurs, les journalistes n'ont pu manquer de souligner l'inquiétude que fait naître toute réflexion au sujet de la magnifique découverte scientifique dont on n'a pu nous cacher la première application comme on nous avait dissimulé sa mise au point.

Je songe au prophétique Alexis Carrel. Comme il avait bien exposé les dangers de ce progrès sur la matière réalisé par des chercheurs en marge de tout progrès humain !

Peut-être l'humanité périra-t-elle d'avoir découvert des secrets infiniment en avance sur son évolution. L'homme avait fait des innombrables raisons qu'il a de se détester et des guerres qui en sont - dans certaines proportions - la conséquence, un merveilleux stimulant pour les recherches scientifiques. (Je ne veux pas laisser passer ce qui précède sans ajouter un amendement : Je ne crois pas que les guerres soient le résultat pur de la haine qui nous divise. Elles sont davantage le fait de fatalités politiques et économiques, vaguement dirigées par certains d'entre nous).

Ces recherches on conduit les savants aussi bien à la pénicilline, capable de faire vivre beaucoup d’hommes qu’à la bombe atomique avec quoi on peut en supprimer bien davantage. Les optimistes se rassurent en déclarant que chaque invention dangereuse est suivie d’une invention qui permet d’y parer. Raisonnement avec lequel on peut imaginer un monde cherchant l’équilibre entre de formidables machines à détruire et d’extraordinaires moyens de protection !

….Sur les dégâts causés par la 1ère bombe, annoncée à grands renfort de publicité, des discussions hâtives font un tableau bien imprécis. Réduits à d’exactes proportions, il en restera sans doute la plus forte catastrophe que les hommes aient encore déchainée. Si l’on songe a ces 60.000 personnes instantanément supprimées avec leurs soucis, leurs joies, l’attachement qu’elles avaient pour l’existence et le mal qu’elles se donnaient pour vivre, cela diminue singulièrement l’importance de toutes choses. Tout semble encore plus inutile.

Je ne suis pas sujet aux obsessions mais la pensée que quelques miettes de pain ou mon bouton de culotte contiennent assez de matière pour que leur libération puisse suffire à l’anéantissement de Marseille, me chagrine. Ne plus avoir confiance dans les molécules dont nous sommes formés. N’avais-je pas raison de douter de tout ?…

  • l’utilisation guerrière de l’atome est toujours d’actualité, en Iran, au Pakistan, en Corée du Nord… Mais, faut-il le rappeler, son utilisation pacifique est à aussi à haut risque (Tchernobyl, Milles Island, Fukushima, et les milliers d’incidents dont les degrés d’importance n’ont pas toujours été rendus publiques - faut pas les affoler, les braves gens !). Pour son électricité, la France a tout misé sur le nucléaire. Pas cher parait-il et si peu de rejet carbone dans l’atmosphère. Un rêve quoi ! Un rêve qu’un seul accident majeur peut réduire à néant pour plusieurs centaines d’années… lumière. Quant au reste du monde, ne cherchons pas loin en Europe, à commencer par la Hongrie, pour se rendre compte que si l’on peut accorder crédit (jusqu’à un certain point) aux procédures de contrôles et de sécurité de nos centrales, il n’en ait pas de même partout…

- lire sur Fernand Dartigues - le joueur de mots et d'idées -