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Le dossier de la guerre d’Algérie et ses suites...

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Catégorie Pieds dans le plat

La célébration du 17 octobre ne dit pas tout. Si le soufflé est retombé, il permettra aux donneurs de leçons d’histoire de remettre le couvert l’année prochaine.

L’actualité a repris ses droits. Il y a eu la naissance d’un nouveau bébé Sarkozy, la Coupe du monde de rugby perdue… brillamment par les Français, la crise financière mondiale, la fin de l’Europe telle qu’on la rêvait… Pas surprenant donc qu’on ne parle déjà plus de ce triste anniversaire, celui du 17 octobre 1961. Ce jour-là, à Paris, une manifestation pacifique organisée par le FLN, le Front de libération nationale qui prône l’indépendance de l’Algérie, est réprimée brutalement par la police. Il y a eu des morts. Combien ? Nul ne le sait avec certitude et comme toujours dans pareil cas, chacun sort ses chiffres. Les uns parlent de 300 Algériens massacrés et jetés dans la Seine, les autres minimisent à 30 allant jusqu’à repousser la notion de massacre, parlant plutôt de bavure qu’ils traduisent, en cette circonstance exceptionnelle, par un pudique « pertes modérées ». Les chiffres n’auraient-ils pas été manipulés pour rendre encore plus inacceptable les actes présumés qui se sont déroulés à Paris ? Quels sont ceux que retiendra l’Histoire ? Des chances, que nous ne connaissions jamais la vérité.

C’était la guerre, une guerre impitoyable, une guerre civile initiée par une partie des Algériens, qui se déroulait en Algérie et aussi en France. Elle a fait beaucoup de morts, beaucoup trop pour une guerre d’indépendance alors que d’autres territoires sur le même continent africain l’obtenaient sans combattre. Les accords d’Evian sont loin, beaucoup d’anciens combattants ont disparu, une grande partie de leurs souvenirs et une part de la vérité avec eux. Pour les nouvelles générations, l’heure ne devrait-elle pas être à la réconciliation, ou du moins à une pacification de l’oubli ? Quels intérêts cachés-évidents à remuer ainsi la boue qui, à l’époque, a éclaboussé toutes les parties en présence ? Le risque d’exciter les rancœurs est grand, d’autant plus qu’il y a un doute sur la réalité de tous les faits décrits et que, pêchant par oubli ou avec en tête d’autres motivations politiciennes, la balance de l’Histoire n’est pas ajustée, contrebalancée par d’autres événements. Comme si les exactions de nombreux combattants algériens n’avaient pas existé ou qu’elles étaient davantage excusables parce que leurs auteurs avaient la légitimité de ceux qui luttent pour l’indépendance de leur pays ?

Demandez donc à ceux qui en furent victimes, des civils, Français d’Algérie qui virent ainsi tomber leurs voisins, leurs amis, leurs parents, dans des attentats aveugles, ce qu’ils en pensent ? Pour eux, pas d’anniversaire, pas de 17 octobre, et surtout pas sur les lieux de ces crimes, en Algérie, un pays où la réciprocité n'a pas encore fait ses preuves

Il aurait pourtant été possible d’organiser des manifestions de souvenirs à la mémoire de victimes des crimes qui, dès 1957, ont eu lieu sur le sol français. Ils visaient d’abord des Algériens de factions opposées, puis des intérêts français. Le 28 août 57, un soldat français est assassiné, un autre le 30. Seules leurs familles se souviennent encore de leur nom…

Car en 1961, il n’y a pas eu que le 17 octobre. Il y eut en Algérie toute une série d’attentats de 1956 à 1962. Chacun ne mériterait-il pas un mémorial ? L’attentat à la bombe du Milk-bar et à la Cafétéria. C’était le 30 septembre 1956. Quatre morts et cinquante deux blessés dont une belle petite fille de cinq ans qui y laissa son bras et son ingénuité, une autre la moitié de sa jambe. Ou celui du 12 septembre de la même année qui laissa le petit Jean-Marie, cinq ans, une jambe en moins, après l’attentat en gare d’Hussein-Day. Le 10 juin 1957, ce fut une autre bombe qui explosa au casino de la Corniche au milieu d’une foule de danseurs : sept morts, 85 blessés dont 39 femmes, dix dans un état très grave… Une liste interminable de dates anniversaires, celles de tragédies et de deuils qui ne seront jamais fêtés et que l’on oubliera plus facilement que la date du 17 octobre. Qui donc expliquera pourquoi ?

C’est un peu pour tout ça sans doute que Christian Estrosi, le député-maire de Nice, se soit irrité l’autre jour que le Consul d’Algérie à Nice, Ali Redjel, ait pu organiser une conférence à propos de cet anniversaire, traduisant en cela le dégoût de certains de ses administrés d’origine pied-noir, une communauté encore très présente dans les Alpes-Maritimes qui a pu y voir une inutile et énième provocation.