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Festival de Cannes : la soirée caritative de l’AmFar confirme la tendance,

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les riches sont moins riches, les pauvres pas plus riches pour autant…

Ils étaient pourtant venus plus nombreux à la soirée de l’AmFar, organisée à l’Eden Roc, le fief des stars hollywoodiennes, que lors des précédentes éditions au Moulin de Mougins. Plus de places, 700, donc plus de pépettes à encaisser pour les organisateurs et moins de va-et-vient motorisés, de nombreux participants étant déjà sur le site…

Les majors américains, et les joailliers partenaires ou pas du Festival de Cannes étaient bien présents et ont mis la main au portefeuille, Sharon Stone et Bill Clinton se sont démenés comme de beaux diables pour faire « cracher au bassinet » les présumés riches. Il faut bien l’être un peu pour pouvoir se payer une table de dix couverts à 108 000 € ou un simple siège à 2 800 €… n’est-ce pas ! Mais rien n’y fit, le cœur n’y était pas et le record, chaque année amélioré, ne fut pas battu, seulement 3,23 millions €, moitié moins que l’année dernière. Heureusement que les grandes maisons Chopard, Dior, Armani, Chanel, Versace, Dolce & Gabbana… jouèrent le jeu, ils évitèrent la honte aux organisateurs.

La cause est noble et Elisabeth Taylor is rich, sans doute moins maintenant mais son initiative partait de la constatation qu’au début de la propagation du Sida, nombre de ses amis de la scène et du showbiz en étaient atteints. De nombreux millions de dollars furent récoltés d’année en année à l’occasion d’un somptueux festin dont Roger Vergé et son successeur, Alain Llorca, avaient le secret. Festin suivi d’une vente aux enchères des plus sélectes où la plupart des objets proposés ne valent pas le dixième du quart de leur valeur réelle. On notera que, jusqu’à présent, il n’y a pas de polémique sur l’utilisation de ces fonds…

Mais, le Festival et tout ce qui l’entoure, AmFar et autres, en a vu d’autres et il ne faut pas trop s’inquiéter d’un passage à vide qui – faut bien se consoler comme on peut – touche la planète entière… Ceux qui comme nous, ont vécu mai 68 et son 28ème Festival de Cannes savent que tout n’est que péripétie, que le Phénix du cinéma peut toujours renaître de ses cendres.

Mai 1968, le Quartier Latin est à feu et à sang, la Sorbonne débordée. Les étudiants sont dans la rue. La révolte gronde et se propage. À Cannes, les lycéens, les maîtres au milieu, descendent le boulevard Carnot interdisant d’interdire. Au Festival, les réalisateurs, artisans de la « nouvelle vague », se réunissent et mettent en demeure le délégué-général, Fabre Le Bret, de stopper l’événement. Le clap de fin retentit, alors que quelques films ont déjà été projetés dans la grande salle de l’ancien Palais. C’est la débandade ! Le torchon brûle aussi en mairie et le député-maire Bernard Cornut-Gentille, démissionne alors que ses choix de gestion ont propulsé Cannes en haut de l’affiche. À ce moment là, personne ne pouvait prédire le futur, le retour de manivelle d’un électorat inquiet et conservateur qui signe un blanc-seing au général De Gaulle, ni le retour du maire à la tête de sa mairie, et le redémarrage du Festival l’année suivante, comme si de rien n’était…

De façon assez objective - trêve de polémique - ce 62ème festival a déçu. Les Cannois perdus dans le public qui lui, cherchait désespérément à voir des vedettes cachées et protégées par des « dobermen » intraitables. Les cinéphiles eux furent à la portion congrue. Pour réduire la liste des sempiternels râleurs et quémandeurs, les organisateurs leur ont attribué plus de 3000 accréditations. Accréditations qui leur donnent juste le droit de faire la queue pour voir un film, aucune place n’étant garantie. Les partenaires du Festival et les entreprises haut de gamme qui collent aux fesses de la manifestation internationale dans l’espoir d’en retirer quelques retours sur investissement, se sont faits discrets de discrets, évitant de trop étaler leurs richesses… pas très politiquement correctes par les temps qui courent… La prestation d’Edouard Baer a sauvé la cérémonie de clôture de la morosité et du bien pensant : tout le monde il est beau, tout le monde il est gentil. On se serait cru à la distribution des bons points aux Césars… Charlotte, dit merci à papa Serge, à maman Jane, aux membres du jury, à Thierry Frémiaux ! Zut, t’as oublié Gilles Jacob ! Coupez, on recommence la prise… Merde, on est en direct ! Si on a fait venir Alain Resnais, ce n’est pas pour qu’il reparte les mains vides. Et, puisque son film n’est pas une bombe, rien à voir avec Hiroshima mon amour, donnons-lui donc un Prix spécial. Le pôvre, de toute façon, il ne reviendra plus !

Les toiles blanches ont commencé à être démontées, un peu en avance semble-t-il. Les participants qui n’avaient pas eu de billet pour le cérémonial de clôture ont quitté les lieux, ne restant que le temps strictement nécessaire pour ne pas gonfler des budgets de communication revus à la baisse. Quelques courageux en avaient profité pour s’éclipser jusqu’à Monaco, préférant voir et entendre rugir les Formules 1 du Grand Prix. Une bonne affaire, les places, là-bas aussi, étaient soldées !

Les Cannois vont pouvoir demain visionner la Palme d’Or. Quoi d’autre ? Un scénariste ou deux travaillent déjà sur de nouvelles histoires. La gigantesque arnaque Madoff fera un sujet tout trouvé… Comment un seul homme, si timide, si discret, a-t-il pu à lui seul, faire vaciller tout un pan de l’économie, tout un système si soigneusement mis en place ? Plié, vendu. Reste à savoir quel acteur jouera le premier rôle. Les organisateurs du Festival vont maintenant prendre quelques jours de vacances avant de regagner leurs bureaux… parisiens, avant de s’atteler à la… laborieuse tâche de participer à d’autres festivals du monde et à la… rude occupation qui consiste à garder les yeux ouverts durant le visionnage de plusieurs milliers de films, en vue du 63ème du nom…

Le soufflé est retombé. Paix aux hommes et aux femmes de bonne volonté, si tant est que la bonne volonté soit suffisante !

Alain Dartigues