Paris Côte d'Azur

Magazine d'informations et de commentaires

Les Championnats de France de Natation : les combinaisons en vedette.

Crédits:
textes par
Catégorie Pieds dans le plat

Elles font valser les records…

Qu’on se le dise : les combinaisons des nageurs de compétition sont un facteur, malheureusement essentiel, à cette valse des records. Les nageurs n’y sont pour rien, ils s’entraînent durement et donnent le meilleur d’eux-mêmes, avec ou sans combinaison. Certains commencent à s’énerver, pris en otage par les équipementiers et les sponsors. Ils en ont assez de passer plus d’une demi-heure à enfiler cette seconde peau, inquiets que leur club ou leur fédération, n’ait pas trouvé pour eux la meilleure combinaison possible.

Ce beau sport, longtemps sous médiatisé, risque dans l’opération d’y laisser de sa crédibilité. Où est-il le temps où les compétiteurs s’affrontaient, à égalité, vêtus d’un vulgaire maillot de bain ? En 1930, celui de Johnny Weissmuller apparaîtrait inadéquat, itou pour celui à la mode en 1972, lorsque Marck Spitz remporta 7 médailles d’or aux JO de Munich. L’homme-poisson, Michael Phelps, en a obtenu une 8ème à Pékin. Nous étions déjà entrés dans l’ère de la « combinazione ». Le mal n’a fait depuis qu’empirer. Les championnats de France d’avril en sont bien la preuve. Alain Bernard bat en série le record du monde du 100 mètres crawl avec une nouvelle peau en… instance d’homologation. Le lendemain, il finit 2ème, avec sa vieille peau, laissant la place de premier à Frédérick Bousquet à qui s’était le tour d’expérimenter la toute dernière version de la combinaison « Jaked », un modèle entièrement couvert de polyuréthane.

L’inégalité de la génétique qui nous fait naître costaud plutôt que chétif, bien nourri plutôt que mort de faim, dans un pays où l’on jouit… encore d’une certaine prospérité et d’un confort certain, n’est-elle pas en soi déjà suffisante ? Pourquoi y ajouter les aléas de la technologie et nous inventer une seconde peau, plus lisse, plus hydrodynamique, permettant de mieux gainer les muscles et créer… d’absurdes inquiétudes ?

Pourquoi faire compliqué quand jusque là, tout semblait simple ? Surtout pour les nageurs qui se présentaient sur le plot de départ, vêtus d’un petit maillot, débarrassés d’une pilosité encombrante, n’ayant qu’à ajuster leur bonnet de bain et leurs lunettes de compétition. Les nageuses devaient, il est vrai, couvrir des surfaces de leur corps plus importantes et la question de la qualité du tissu était déjà un souci. Il le fallait le plus hydrofuge possible, susceptible ainsi de favoriser la glisse pour autant qu’on porte le maillot très serré. Les grandes marques en avaient fait un argument de vente important mais cela ne suffisait pas à remplir leur tiroir caisse. Alors, elles inventèrent des tenues de plus en plus sophistiquées et de plus en plus… chères (nous en sommes rendus autour de 400 €). L’argent, nerf de la guerre dans un sport où il en fallait si peu… Beau paradoxe ! Est-ce vraiment ça le progrès ?

Alors que la plupart des concurrents, mais pas tous, se présentèrent aux JO d’Athènes en 2004, avec des jambes gainées, Ian Thorpe, « la torpille » australienne, arriva recouvert du cou aux chevilles et aux poignets, par un tissu miracle. Il était évident que cette situation créait un malaise chez les sportifs, les entraîneurs, les sponsors en quête de retour sur… investissement. Encore une fois, cet état de fait, cette guéguerre plus financière que sportive, n’est pas de la responsabilité des nageurs ni des nageuses. Ils ne sont pas coupables, ils en sont les premières victimes. Denis Auguin, l’entraîneur d’Alain Bernard semble lui aussi en avoir marre de cette « course aux armements » tandis que d’autres parlent de dérapages ou encore de « dopage technologique ».

Le dernier mot devrait rester aux compétiteurs. Sont-ils suffisamment distanciés des enjeux… financiers pour réagir ? Auront-ils le courage et le culot de mettre en demeure leurs clubs et leur fédération de faire marche arrière, d’en revenir à l’essentiel, à la simplicité ? C'est déjà suffisamment ardu d’organiser sa vie en nageant 12 à 20 kilomètres par jour, 300 jours par an, sans avoir à s'inquiéter de posséder la combinaison qui fera la différence ! On le souhaite. Il est de leur propre intérêt de se révolter sinon, ils… courent le risque que cette instrumentalisation aille jusqu’à leur faire perdre leur âme. La natation, même de compétition, ne doit être réduite à une foire d’empoigne.