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Suisse : Hans Erni, le peintre fêtera ses 100 ans

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Catégorie Les Arts au soleil

à l’occasion d’une exposition hommage organisée par la « Fondation Pierre Gianadda », à Martigny.

Les hommes politiques ne sont pas les seuls à braver le temps. Les artistes eux aussi, lorsqu’ils ne sombrent pas dans les paradis artificiels. Tous semblent à l’abri d’Alzheimer tant leurs neurones s‘activent 24 heures sur 24. Pas question de 35 heures par semaine et encore moins de prendre la retraite… Là s’arrête la comparaison.

Si Hans Erni est une gloire nationale en Suisse, il est beaucoup moins connu en France. Mon père l’avait rencontré à Lucerne en 1957. Il ressortit de son interview très ému par la vitalité de cet homme et surtout par la puissance de son œuvre. C’est ainsi que je le découvris, sans savoir que j’allais le rencontrer plus de 40 ans après, à Mouans-Sartoux, chez le consul de Suisse, lors de la célébration de la fête nationale. Le procureur de la République Eric de Montgolfier y était aussi invité. La chevelure blanche et abondante, ce vieux monsieur avait encore de quoi impressionner. Discret, il ne parla guère de lui. Était-ce nécessaire, d’autres le font si bien, disait-il…


- rue Lamarck - 1952 -

Je conserve comme une relique l’ouvrage des Editions Pierre Cailler, donné à mon père et signé Claude Roy. C’est là que j’appris qui était ce personnage, déjà hors norme et déjà reconnu comme un maître. C’est dans cet ouvrage fort complet que j’eus ma première vision d’un artiste complet et d’une œuvre déjà fort avancée.

Je ne fus ainsi pas surpris d’apprendre son apprentissage comme dessinateur architecte. Mais là où je voyais des lignes droites et des angles chez l’ami Carzou, je trouvais des courbes et des cercles… Hans Erni fit rapidement ses gammes, s’inspirant de Braque, Picasso, Juan Gris, Calder, Arp, jouant au surréaliste. De belles pièces qu’il faut garder en mémoire. Mais ce n’est pas le plus important. Tout aussi rapidement, il se met en piste pour trouver son style et se concentrer sur les thèmes qu’il privilégie, le couple, la famille.

Après s’être essayé à l’abstrait, il revient vers le figuratif à toute vitesse. Il se plait à occuper de grandes surface, sans négliger son chevalet et son travail de lithographe, de graveur, de sculpteur, d’illustrateur…

Il est bien entendu impossible de résumer 80 ans de création, les doutes et les certitudes de l’artiste, ses engagements politiques, écologiques ou éthiques. Tant pis, le mieux étant d’ouvrir les catalogues, de visiter le Musée qui lui est dédié à Lucerne ou encore de faire le voyage à Martigny pour avoir la confirmation que l’on a bien affaire à un génie.


- la jeune fille et la mort - 1978 -

Fernand Dartigues écrivait en 1957 : je ne suis pas de ceux qui usent aisément du mot génie. Si je l’emploie à propos d’Hans Erni, c’est qu’il me paraît nécessaire d’y recourir. Si génie il y a, c’est bien chez des créateurs comme lui qu’on le trouve…

Plus récemment, Jean Clair, nouvellement élu à l’Académie française et ancien directeur du Musée Picasso à Paris, termine son article dans le catalogue en voyant Erni « désormais repéré dans la nuit, point lumineux d’une constellation fixe, alors que les lumières parasites se sont éteintes… »

  • du 29 novembre 2008 – 1er mars 2009 – Fondation Pierre Gianadda - Martigny, Suisse – commissaire de l’exposition : Jacques Dominique Rouiller –