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Le Cannet : le Prix Vérité intéresse à plus d’un titre,

à vingt ans, il fait déjà preuve de beaucoup de maturité…

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Dans la jungle, pour ne pas dire le fouillis des prix littéraires, le Prix Vérité a trouvé sa place. Pas la plus facile d’ailleurs car il n’est pas question ici d’effets de style, de ronds de jambe mais de parler vrai. La plupart des ouvrages sélectionnés sont sur des sujets brûlants, des sujets d’actualité. Cela peut déranger le lecteur tant le spectacle de la souffrance, de l’injustice est révoltant. Cela peut déranger aussi les gens qui sont cités, montrés parfois du doigt, interpellés pour qu’ils se bougent, qu’ils agissent, qu’ils prennent leurs responsabilités…


- May, la journaliste et passionara libanaise -

Hier soir, c’était May Chidiac la grande dame. C’est à elle que fut attribué le Prix Vérité. Elle qui parla avec émotion de son pays, le Liban. Elle qui fut si atrocement mutilée dans un attentat. Elle y perdit une jambe et une main et due subir plusieurs dizaines d’opérations. Mais, sa soif de… vérité fut plus forte. Au risque de payer un jour de sa vie son engagement, elle a continué à écrire et à animer à Beyrouth des émissions de télévision, ne craignant pas d’aborder des sujets sensibles, dénonçant l’ingérence de la Syrie dans les affaires de son pays.

Le président Sarkozy a d’ailleurs peut-être eut les oreilles qui ont sifflé, hier, quand justement May Chidiac, avec son franc parler, a critiqué la diplomatie française. Il est trop tôt, d’après elle, pour que « la France tende la main à l’ennemie syrien ». Elle demande, qu’au préalable, soit résolue le problème du Liban et de la réelle souveraineté de son pays.

Avant elle, le jury avait attribué, ex æquo, son Prix spécial à Ingrid Betancourt et à Marcel Rufo. C’est au travers le livre de Lionel Duroy : la rage au cœur, que la prisonnière des FARC était célébrée. Son premier mari avait tenu à venir parler d’elle et rappeler combien le drame et le combat d’Ingrid avait valeur de symbole.

- l'épreuve des dédicaces pour Marcel Rufo etle premier mari d'Ingrid Betancourt, Fabrice Delloye -

Marcel Rufo était venu évoquer un autre combat, un autre drame, celui de tous ces adolescents en souffrance. Chacun de nous en a croisé, chacun de nous a connu cette période de la vie où rien n’est simple et durant laquelle on se pose de redoutables questions existentielles. Confrontés à un avenir incertain, à des amours débutants, à la violence banalisée qui envahit les écrans, à la mort d’êtres chers, les ados se cherchent. Ils ont du mal à se construire, à être ou ne pas être, à vivre ou à mourir. Les anorexiques nous montrent les signes évidents de leur détresse, mais combien d’autres de nos enfants, de ceux de nos amis, de nos anonymes voisins, souffrent. Marcel Rufo les fait sortir de leur silence et nous encourage à les aider dans cette difficile tâche qui consiste à construire sa personnalité et à accepter l’« imparfaititude » de notre monde…

Ils étaient une poignée, il y a vingt ans quand l’adjointe à la Culture, Michèle Tabarot, organisa le premier Prix Vérité. Ils étaient 800 hier, dans la salle de La Palestre, à avoir répondus à l’invitation de celle qui, depuis, est devenue maire et député. Une occasion rare de côtoyer les membres du jury, les récipiendaires et les nominés. Pas de service d’ordre pesant et une convivialité qui ne se dément pas, malgré la taille que prend, Prix après Prix cette manifestation culturelle hors norme. Cette année, Jean-Pierre Foucault, maîtrisa parfaitement les débats, désamorçant les conflits naissant, en équilibre stable entre humour et sérieux. Ce fut une sacrée soirée !


Lire : Le ciel m’attendra, de May Chidiac, aux éditions Florent Massot,
La rage au cœur, Indgrid Betancourt, de Lionel Duroy, aux éditions Xo,
La vie en désordre, de Marcel Rufo, aux éditions Anne Carrière.