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Ikea, sinon quoi ?

Partisans et opposants à l'implantation à Mougins de l'entreprise suédoise s'affrontent. Les arguments sont de plus en plus tranchants.

- Ikea : Mougins souhaite sa venue, le département aussi, Mouans-Sartoux n'en veut pas -

Depuis le début, André Aschieri, le maire écolo de Mouans-Sartoux, s'est insurgé contre la venue du géant du meuble bon marché, en limite de commune. D'un côté, c'est Mouans-Sartoux, le petit village gaulois dont la population se range comme un seul homme derrière son maire lorsqu'il décide de partir en croisade. Non au doublement de l'autoroute, non à l'intercommunalité élargie aux communes du littoral, non à Ikea : c'est lui ! De l'autre côté le maire de Mougins, Richard Galy, enchanté d'accueillir sur sa commune une entreprise sérieuse, à la bonne réputation internationale qui lui amènerait des ressources fiscales non négligeables. Un maire, irrité et déçu par les oppositions un peu trop systématiques à son goût, de son voisin.

Il n'y a là rien qui ne soit tout à fait légitime, à s'inquiéter des conséquences fâcheuses que pourrait avoir un développement industriel et commercial inadapté, en bordure de sa commune. Mais lorsqu'il s'agit d'affiner ses doléances, il vaut être tout à fait cohérent avec ses propres choix. Le village de Mouans-Sartoux a bien changé depuis qu'André Aschieri est aux affaires, c'est à dire depuis 1965. La population est passée de 2 700 habitants à 10 000, ce qui en fait une des communes les plus denses du département. Si le centre du village a été bien protégé, autour, les programmes immobiliers vont bon train. Quant au développement des zones industrielles, elle est fort importante. La municipalité de Mougins a beau jeu de comparer les 57,8 hectares de surfaces réservées aux commerces et aux industries mouansoises ( sur ses 13,52 km2 de superficie ) avec les 7,2 hectares ( sur ses 25,64 km2 ) qu'elle a elle-même destiné à ce type d'activité. Des chiffres sont éloquents !

Difficile alors de reprocher à son voisin de vouloir mener une politique de développement commercial lorsque, soi-même, on a choisi de le faire. Difficile de parler d'encombrement des accès routiers lorsque l'on a installé une zone comme celle de l'Argile qui induit un important charroi. Et que pensez de la sincérité de l'indignation vertueuse du maire de La Roquette-sur-Siagne, Victor Daon, qui prend fait et cause pour son voisin mouansois mais ne dit mot des nuisances engendrées par l'installation de cette même zone de l'Argile, à quelques centaines de mètres du centre de son village ?

Cette querelle ne serait-elle pas plutôt du domaine de l'éthologie que de l'écologie ? Au sens où il s'agirait d'une agressivité quasi animale liée à un problème de territoire plus que d'une authentique croisade pour un meilleur cadre de vie ? Et n'y a-t-il pas non plus, derrière toute cette agitation, une stratégie politicienne ? On peut l'imaginer en tout cas lorsque, au titre de Conseiller régional, André Aschieri soutient le ministre Dominique Perben reçu par leur "ami" commun le maire de Cannes, Bernard Brochand. Il est avec eux pour vouloir la création de nouveaux ports de plaisance. A en oublier la dérangeante loi littoral que bien des maires vouent aux gémonies tant elle freine leur désir d'expansion … à en oublier qu'on est écolo…

La multinationale Ikea ne se cache pas. Elle est là, comme tout commerce, pour faire des bénéfices. Qui prétendrait le contraire ? Mais elle créera 500 emplois. D'autre part, Ikea a plutôt bonne presse en matière de politique sociale. Au Canada par exemple, les employés bénéficient de nombreux avantages, formation, intéressement, protection sociales avancées…certains en arrive parfois à oublier qu'ils sont de gauche…

Dernière réflexion. Sur cette zone industrielle, cette zone d'aménagement concerté pour être plus précis, que ce passera-t-il si le projet Ikea n'aboutit pas ? Une autre enseigne commerciale viendra occuper la place ? Sera-t-elle plus petite, plus respectueuse de l'environnement, plus soucieuse des lois sociales ? Sa présence n'augmentera-t-elle pas la circulation automobile dans le secteur ?

Une enquête publique consigne les avis des uns et des autres. Il y a fort à parier que chacun campera sur ses positions. Une caricature à la Uderzo nous montrerait, d'un côté le petit village de gaulois socialo-écolo et de l'autre le grand méchant loup libéral, prêt à vendre son territoire pour une poignée d'emplois et de taxes foncières…

Que chacun fasse ses comptes et démêle, sans état d'âme, le vrai du faux dans les arguments des chantres du pour et de ceux du contre !

- mention : www.pariscotedazur.fr - septembre 2006 -