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Grèce : La peau de l'eau.

- village de Lindos, Rhodes, écrit en octobre 1970 -

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J'ai vu le vent. J'ai vu l'eau se friper au loin et cette superbe guenille s'étendre et se rapprocher. Sur la surface lisse et tendre de la mer, se sont dessinés des rivières et des fleuves. Effrayées par cette croûte qui se déformait sans cesse, les caïques sont rentrées, une à une, animaux dociles et toujours soumis à la loi des Dieux de 1'Olympe.

La frange vivante avançait. Capricieuse, elle évita d'abord mon perchoir puis le cerna et monta à I'assaut. Et je me crûs bientôt saisi par mille mains qui me palpaient et me fouillaient. Je me retournais. Le vent avait fini ses jeux d'eau. Il avait pris possession des champs d'oliviers et des amandiers tandis que les pêcheurs ramassaient leurs filets sur l'épaule. Alourdis par le poids, ils titubaient comme des hommes ivres au sortir des tavernes. Assis au sommet de cette tour en ruine, je pouvais voir vers l'acropole et la vieille citadelle et ce paysage sec et rude qui se répète sur toutes les îles grecques.

Elle me toucha délicatement l'épaule. Elle ne voulait pas me surprendre. Elle s'assit à mon côté. Mon regard avait du mal à se détacher de ce spectacle gratuit. Elle me parla de son mari qui allait bientôt revenir du continent. Quand devrait-elle lui dire ? Lui dire qu'elle avait besoin de prendre du recul, comme on dit pudiquement dans ce genre de circonstance. Aurait-elle le courage ? Elle s'interrogeait et guettait mes réactions…

Le vent forcit encore. Je savais que dans moins d'une demi-heure, il retomberait. Je me tournais vers elle et lui souris.