Retour de manivelle :

« Ce n'est pas difficile de gagner à Cannes : vous levez les yeux si vous êtes gai, vous baissez les yeux si vous êtes triste », plaisantait Jean Yanne...

Le sein de Sophie Marceau, un remake de celui de Janet Jackson ? Sur les marches du Palais, rares ont été les privilégiés à suive le mouvement gracieux et rapide de l'héroïne de la Boum. Mais grâce aux photographes et aux cameramen présents, l'image est devenue le sujet d'un véritable long métrage.

Le Festival sans Canal. Depuis longtemps, la couverture télévisuelle de la chaîne cryptée était devenue partie intégrante de la folie festivalière. Sa présence sur la Croisette à l'heure des Guignols, un événement à ne pas manquer. Son absence pendant 5 ans fit réfléchir, et les organisateurs du Festival, et les responsables de Canal. Re- belote donc cette année mais pas au Martinez qui n'aimait plus trop le mélange des genres et en avait assez de l'occupation de son territoire par une foule de plus en plus provocante et bruyante. C'est le Noga qui en a profité et pour la première fois accueillait les Guignols et faisait coup double en installant dans sa plus belle suite l'héritière des Hilton.

A Michel Denisot la palme du modérateur. Reprenant le flambeau, ce fondateur de l'esprit Canal, peut se flatter d'avoir réussi son pari. Son émission "le Grand journal", en direct de la Croisette, fut un modèle du genre et grâce à lui, les rares dérapages furent contrôlés, la vulgarité "canalisée". Cet homme là a le ton juste. Il interroge sans flagornerie, il avance avec prudence et courtoisie et tire le meilleur de ses invités et de ses collaborateurs. Sans Canal, le Festival ne serait pas tout à fait le même et sans Denisot, Canal n'aurait pas la même qualité !

"Tous les cinémas du monde". La manifestation s'est déroulée dans une nouvelle salle conçue et aménagée au cœur du Village international par l'architecte Patrick Bouchain. Par ailleurs, constatant que "le festival de Cannes manque de salles", Gilles Jacob a rappelé qu'une nouvelle salle de 500 places verrait le jour en 2007. On aimerait bien savoir où et quand la première pierre sera posée.

Le Byblos Saint-Tropez. Pour la première fois, l’Hôtel mythique et glamour de la Riviera, accueillit les festivaliers sur une plage de la Croisette, pendant toute la durée du Festival. Pour accéder à cette plage privée, il fallait montrer patte blanche, le statut de star ou de VIP étant vivement recommandé. Resquilleurs s'abstenir !

Le jack pot. Selon la mairie, le Festival de Cannes offre à lui seul 110 millions d'euros à la ville en une douzaine de jours. Un bilan à comparer aux quelques 700 millions d'euros rapportés par les trois cents jours de congrès au cours d'une année. Près de 60 000 professionnels et 200 000 badauds fréquentent la Croisette pendant le Festival international du cinéma. Mais, il ne faut pas rêver, cette manne pour les commerces de luxe et pour l'industrie du tourisme est le fruit d'une politique d'investissement et de subventions, tant au niveau municipal, départemental, régional que national. On n'a rien sans rien !

Kilucru ? Les petits cannois ont monté les marches. Une tradition longtemps perdue. Dans les années 50, Sonika Bo et son club Cendrillon les recevait avec tous les honneurs dans l'ancien Palais du festival. Michel Ocelot leur avait réservé la première mondiale d'un conte inédit extrait de "Kirikou et les bêtes sauvages", qui sortira en fin d'année. Cette "classe de cinéma" exceptionnelle a mêlé extraits du film, commentaires du story-board et animation musicale. Deux mille enfants de 8 à 12 ans, ont profité de cet après-midi de fête et de découverte du cinéma clôturé par un goûter sur la plage.

Cannes sous surveillance. Cela n'a pas l'air de plaire au journaliste de "Politis", Christophe Kantcheff. Il avait décidé de bouder le traditionnel aïoli offert à certains représentants des médias et les membres du jury, par le maire de la ville. Le slogan affiché sur les murs qui proclame "Souriez, vous êtes protégés !", ne le fait pas rire. Les 500 cameras de surveillance exercent un contrôle qui lui semble pour le moins excessif. La sécurité a un prix que tout le monde ne veut pas payer, en tous les cas pas au prix de la perte de son anonymat !

Un long fleuve tranquille. Sécurité ou pas, le festival se déroula dans un calme exemplaire. A peine quelques manifestants, par ci par là, bien vite découragés de ne pas faire recette. Pas de grèves dans les hôtels. Quid des intermittents ? On devine qu'ils ont fini par obtenir ce qu'ils voulaient, le tout dans la plus grande discrétion. Côté cinéma, peu de polémiques, bien calme en effet. Trop ? Le Festival ne se porte pourtant amais aussi bien que lorsqu'il suscite des réactions passionnées.

Trois ans de plus. PACS d'amour ou de raison, le Festival et Canal + remettent le couvert. L'un donne à l'autre l'exclusivité de la production et de la diffusion en direct de l'ouverture et de la cérémonie de clôture, auxquels il faut ajouter la Montée des marches. Le montant de cette exclusivité potentiellement très rémunératrice pour chacun, est confidentiel. Bon calcul pour Canal dont la diffusion de la cérémonie de clôture a battu les records d'audience tandis que l'émission de Michel Denisot, "le Grand Journal" drainait chaque jour plus du million d'auditeurs, allant même jusqu'à atteindre 1, million, un record historique pour la chaîne.

Le jury sonne toujours deux fois ? Pourquoi attribuer la palme d'or à deux reprises aux mêmes ? Est-ce vraiment un bon calcul pour le Cinéma que de distinguer de la sorte les frères Dardenne ? Bien sur, le jury est libre et doit le rester mais il faut renforcer les gardes-fou. Le règlement du Festival a su évoluer, peut-on suggérer qu'à l'avenir il en puisse attribuer deux fois les mêmes récompenses aux mêmes ? Cela n'empêcherait pas les candidats aux récompenses d'aller glaner ailleurs d'autres titres. Emir Kusturica se targue de diversité culturelle. Le Festival a été dès ses débuts un creuset fantastique qui permettait le mélange de tous les cinémas du monde. Sans que cela lui permette de faire l'impasse sur des considérations politiques !

Do you read english ? Les journalistes du gratuit "Métro" savent. Ils l'ont prouvé en sortant chaque jour un numéro, abondamment distribué dans le Palais et alentours. Présentation agréable, malgré un papier de médiocre qualité qui comme la plupart des quotidiens laisse de l'encre sur les doigts, un format pratique, un contenu crédible et un équilibrage entre les pubs et le rédactionnel. En dernière de couverture, Cannes se paye notre tête avec son "Smile ! You are protected, 100 cameras for your security." Un slogan qui en fait frémir plus d'un et pas seulement des photographes accrédités !

Le Festival des poubelles. Il n'y a pas que les bobines des films en compétition à déménager mais les stands et tous les déchets qu'ils ont générés, publications de toutes sortes en premier lieu. Mit bout à bout, le poids de toutes ces poubelles friserait les 200 tonnes auxquelles il faut ajouter pas moins de 14 tonnes d'aliments. L'intendance avait oublié de prendre en compte le nombre important de stars et de mannequins anorexiques…

  - mention : www.pariscotedazur.fr - juin 2005 - Alain Dartigues -