Paris Côte d'Azur

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Perles d'histoires :

en arrière plan du Cinéma.

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La Ferme des célébrités. Le tout nouveau ministre du Commerce et de l'Industrie venu, en 1946, inaugurer la première édition, bafouille un peu et "déclare ouvert le premier Festival de l'Agriculture". Sans doute voulait-il parler de Culture… Il est vrai que le cinéma est l'une de ses mamelles, une autre étant depuis peu attribuée à Janet Jackson !

Scenarii du passé. Qui se rappelle que les responsables hésitèrent sur le choix du site sur lequel devait se construire le Palais, entre un terrain près du Palm Beach, jugé trop loin, le Palais des Sports (actuel emplacement du Port Canto), en trop piteux état, et un lieu plus central sur la Croisette, occupé par le Centre Nautique. Les architectes Gridaine et Nau furent chargés des travaux, en collaboration avec l'entrepreneur Maurice Zincano.

Vains regrets. Le mal est fait, l'ancien casino municipal a été détruit sans considération pour son architecture de la Belle Epoque et son passé glorieux. Il eut, sans conteste, mérité d'être classé monument historique. Le bunker est là, il faut faire avec, son extension est heureusement de bien meilleure facture.

Disparition. L'article 5 du règlement du Festival dû être abrogé assez rapidement. Il interdisait la sélection des films qui pourraient être une offense nationale à l'un des pays participants. Reste l'autocensure !

Infidèle. François Truffaut, paix à son âme cinématographique, a fait au Palais les 400 coups. En 1956, critique, il juge le Festival trop mondain ; en 59, il présente son premier film et perçoit les dividendes de son succès ; en 62, il est fier de faire partie du jury ; en 64, il ennuie les spectateurs avec La peau douce ; en 68, il est de ceux qui empêchent le Festival de se dérouler normalement et ne peut présenter L'enfant sauvage…

Festival off. Celui qui pendant longtemps avait la quasi-exclusivité de l'organiser, était un spécialiste d'une inventivité sans égal, Paul Pacini. De Cannes, il avait lancé ses Whisky à gogo, employant Lotte Castel comme caissière et Régine comme danseuse animatrice. Un jour, il prépare une réception pour Ingrid Bergman et Anthony Perkins venus présenter Aimez-vous Brahms, un autre, il organise "La nuit la plus longue" pour Juliette Gréco et Darryl Zanuck. Il crée un jeu "Cuite ou double, en cinéma scotch". Il s'agit d'ouvrir au hasard un roman de Peter Cheyney, Paul Pacini se chargeant d'illustrer la séquence et d'offrir selon le texte, une soupe, un verre de lait ou un whisky.

Prédiction. Dans les années soixante, Jacques Chazal, ne rate jamais la une. Il imagine le Festival de l'an 2000. "La Croisette est interdite à tout autre véhicule qu'aux bicyclettes à propulsion électrique. Des anglais parlent haut. Des américains volent bas. Des Sud-américains sont en congé de révolution. Et des gens de l'Est sont à la recherche d'un printemps".

Science-fiction. Allant plus loin encore, Jacques Chazal constate que malgré les progrès de la technique, malgré l'Europe unie, la multiplicité des langues reste l'obstacle majeur à la totale primauté du cinéma sur les autres arts. Il imagine alors un comédien encore inconnu, tournant de petits sketches où tout s'exprimerait par le seul geste. Ce serait saisissant et compris par tous. Sans oublier l'effet bénéfique d'un art muet à une époque où le bruit est l'ennemi numéro un. "N'aurait-il apporté que cette sensationnelle trouvaille, le Festival 2000 mériterait déjà de compter parmi les plus importantes manifestations artistiques de l'époque."
Il est vrai que l'auteur de ces lignes avait un jour croisé un dénommé Charlie Chaplin.

François Chalais s'amuse. En 1975, il fait dans l'anticipation et se projette un beau matin de mai 1995. "Le Festival n'existe plus, les palmiers sont au musée. Il y avait des hôtels au bord de la mer et des parasols au bord de la plage. On pouvait encore se baigner".
Sa femme, Mei Chen, perpétue son souvenir en organisant pour la 8ème année consécutive pendant le Festival, un prix qui porte son nom et qui récompense le film de fiction qui aura le mieux capter la réalité du monde.

Fernand Dartigues. Après avoir couvert le Festival pour le quotidien genevois La Suisse, il crée en 1959, son propre journal. Il l'appelle d'abord Cannes-Festival - en oubliant de déposer le nom - et le transformera plus tard en Paris-Côte d'Azur. Grâce au Festival, il rencontre Pablo Picasso venu pour assister à la projection du Salaire de la Peur. Au cours du dîner chez Félix, le peintre lui dit : tu comprends, petit, il faut longtemps pour être jeune !

Les îles. Elles ont joué leur rôle plus souvent qu'à leur tour dans les premières années. Curieusement on les a depuis oublié. Les hors-bords et les Riva faisaient la queue pour débarquer tout le gratin de la Croisette, langoustes et soupe de poisson étaient à la noce. A Saint-Honorat, Frédéric accueillait sur son débarcadère les plus grands producteurs de l'époque accompagnés par des jeunes femmes en mal de contrat, à qui ils confiaient des rôles d'un soir. On les appelait des starlettes. A Sainte-Marguerite, c'est à La Guérite qu'ils aimaient se retrouver et que la ville recevait somptueusement la Presse internationale.

Drame. Le traditionnel pique-nique aux îles fait monter la température des festivaliers. La pétanque a ses adeptes, le rosé aussi, avec le soleil, bonjour les dégâts ! Ce mois de mai là, une starlette anglaise, Simone Sylvia, se fait photographier les seins nus, en compagnie de Robert Mitchum, les yeux dans le cirage. La photographie fait le tour du monde et choque la bonne société britannique qui ne lui pardonne pas. Elle se suicide peu de temps après. Mauvaise pioche !

Sonika Bô et son inimitable accent slave. Quarante ans de films pour les enfants. Elle n'a jamais été remplacée. Des milliers de petits cannois – dont l'auteur de ses lignes – ont assisté aux séances gratuites du jeudi matin et applaudi à tous ces films du monde qui parlaient aux enfants.

Musée du cinéma et du Festival. Qui le premier y a pensé ? Difficile à dire car lorsqu'une idée est bonne, beaucoup se l'approprient. Quoi qu'il en soit, René Thevenet, adjoint à la Culture d'Anne-Marie Dupuy (qui fut déboulonnée par Michel Mouillot) y consacra quelques énergie, suffisamment pour que des journalistes annoncent à plusieurs reprises sa prochaine inauguration. L'actuel député-maire de Cannes, Bernard Brochand, eut l'occasion de se pencher sur ce dossier et il n'est pas dit qu'avant la fin de son mandat, le projet voit le jour. Un musée centre ville ou pas, la question reste, elle aussi posée ? Pourquoi pas à La Bocca ? Pour les touristes habitués à faire des kilomètres, ce n'est pas si loin après tout, la mer est proche, la Croisette également et le quartier bénéficierait de cette nouvelle attractivité.

Godard, mai 68. Il fut un des premiers à monter sur les barricades de la contestation et un des plus farouches partisans de la fin de la manifestation festivalière. Arrêt sur images :
-Truffaut : Il faut fermer le Palais du Festival, symbole de Cannes !
-Godard : Ce symbole appartient à tous les gens du cinéma.
-Polanski : Au Carlton, il y a trois jours, je me disais : "Ca ressemble à Odessa il y a cinquante ans !"
-Godard : Les invités du jury doivent discuter chez la Bégum (qui leur prêtait sa villa Yakimour au Cannet pour les réunions) ! Les trois camarades (Monica Vitti, Louis Malle et Terence Young avaient démissionné, ainsi que Polanski) doivent ramener les autres ! Le jury ici !
-Truffaut : Et les étrangers ? Ils sont bloqués aux aéroports !
-Godard : Il nous faut faire notre propre festival. Nous sommes toujours en retard sur les états sociaux. Ici, il n'y a pas un film qui montre le problème ouvrier ou étudiant (cris, hurlements dans la salle)!
Le Godard nouveau est arrivé. Ressemblera-t-il à celui de 68 et rejoindra-t-il les intermittents prêt à défiler dans la rue ?

Bécassine. Elle ne laissera pas une trace indélébile dans la mémoire des collectionneurs d'affiches. Ils avaient déjà boudé celle de l'année dernière. Pourtant le script était bon. Cette enfant qui se projette dans l'avenir et rêve de devenir une star aussi grande que Marilyn. Mais les caractères choisis écrasent ce joli scénario et en réduisent la portée initiale. Dommage ! D'autre part, on lit malaisément les dates de ce Festival dont le 57ème anniversaire n'est pas même mentionné.